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La Dame à la Licorne




     Belle Dame que j'aperçus l'autre matin auprès d'une licorne qui buvait au ruisseau, qui êtes vous ? 
Je chevauchais  à travers bois en quête du Saint Graal, ou de moi-même, je ne sais trop, et soudain je vous vis.     
    

   
    V
ous étiez simplement là, sans artifice, vêtue d'une aube sombre qui tombait au sol jusqu'à vos pieds nus. Les rayons du soleil filtraient des frondaisons et vous enveloppaient d'une douce aura, que renforçaient votre blondeur et votre teint d'albâtre. Vous teniez à la main une baguette de sourcier, sur les traces d'une rivière souterraine, j'imagine. 

    --Qui est-ce, me dis-je. Une sorcière ? Que non, me répondis-je. Cette dame n'est pas bossue, elle est belle. Point de verrue sur le nez, point de grimoire, point de corbeau sur son épaule gauche.

    C'est alors que dans mon dos retentit un ricanement.

    --Eh, eh, eh ! Que crois-tu donc ? Les sorcières ont changé de panoplie depuis belle lurette. Si elles étaient repoussantes et si prévisibles, elles ne tromperaient pas grand monde. Es-tu bête ?

    Celui qui avait ainsi parlé ne s'était pas regardé. Deux pieds de cochon, des oreilles en pointe et velues, une tiare de houx en guise de couvre-chef. Il mesurait deux pans trois chicots. Bref, c'était un faune. Et il tirait sagesse du vin de sauge, car il puait à sept pas.

    Et puis vous disparûtes, ainsi que le faune, d'ailleurs.

   
    J
e désespérais depuis trois jours dans cette forêt opaque dont je ne retrouvais plus l'issue lorsque, alors que je me croyais perdu, je vous vis de nouveau. Cette fois-ci, vous montiez le dos d'un centaure qui vous conduisait vers quelque lieu secret.

    Intrigué, je vous suivis à distance. Le chemin fut long. À croire que nous avions quitté ce monde pour un autre. Enfin nous arrivâmes. Une chaumière. Comme dans les contes. La maison en pain d'épices, vous savez...

    Après avoir attaché le centaure dans une écurie dotée de cinquante de ses congénères ainsi que d'autant de licornes, vous gagnâtes votre humble logis. Je vous épiais par une fenêtre, tel un voleur. Vous aviez l'air affairée en cuisine. Il me semblait que vous faisiez un gâteau, et cela fleurait bon la pâte chaude.
 


    Une main vigoureuse se posa tout à coup sur mes fesses.

    --Ha, ha, ha !

    C'était le faune farceur. Encore lui. Ah mais, quelles manières !

    --Alors, on joue les voyeurs, messire ? Entrez-donc. Allez voir cette donzelle, puisque vous en mourrez d'envie.

    C'est bien ce que je fis. Je frappai à votre porte, et, sans sembler surprise, vous m'ouvrîtes aussitôt.

    --Bonjour madame, je...

    --Vous m'avez l'air fatigué. Avez-vous faim ?

    --Ma foi, un tantinet.

    --Entrez. Justement, j'ai ici une tarte qui ne demande qu'à être mangée. Prenez place.

    Ravi de l'invitation, je m'assis à votre table. De vos longs doigts diaphanes j'eusse accepté n'importe quoi. Vous me servîtes une coupe d'hydromel et une part de la fameuse tarte.

    Je bus le nectar qui me réchauffait le ventre. Je mangeai le gâteau tout en vous regardant. Que vous étiez belle, madame ! À chaque bouchée, je vous trouvais encore plus belle. Tant est qu'à la fin de la dégustation, au rebours de tout chevaleresque usage, je me sentis pris d'une furieuse envie de me donner à vous plutôt que de vous prendre d'assaut. Un guerrier de ma trempe ! 
 


    c
'est alors que, tandis que quatre sabots poussaient au bout de mes membres, et que je tombais à quatre pattes en arrêt devant vous, je vous demandai timidement :

    --Qui êtes-vous, madame ?

    --Qui je suis ? Ton Sein Graal, joli bestiau ! Et tous les jours qui te reste à vivre, c'est de mon lait que tu te nourriras. Allez, à l'écurie ! Ici, les hommes sont mes centaures ; quant aux licornes, ce sont mes femmes. Pas de jaloux chez moi !

    Et cependant qu'elle parlait, le faune de tantôt changea d'apparence et se mua en vil corbeau. Il se jucha sur l'épaule gauche de sa maîtresse, et me dit :

    --Je t'avais pourtant prévenu ! Ne t'en prends qu'à toi. Il est vrai que tout homme choisit sa cage, tôt ou tard. Là est sa seule liberté.


    Oui mais, Madame, vous qui en cet instant me lisez, QUI êtes-vous ? Licorne ou sorcière ? Et votre centaure, l'avez-vous bien attaché ?


FIN

© Joël Médina alias l'Apothicaire, 2007

http://apothicaire.fr

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