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La Dame du Lac



À Dame Morrigàn, la plus belle femme

qu'enfanta jamais la terre-mère,

je dédie ce texte

                                                                            J.M.



    Le vent bat à présent la lande sous le ciel de six heures. Le soleil, lassé de sa course, vient s'aliter sur les arbres de la forêt de Paimpont, achevant sa carrière. Il illumine Brocéliande de ses derniers feux, juste avant la tombée des ténèbres.
    On n'entend guère que le murmure de la fontaine de Barenton parmi les aulnes, les pas furtifs de quelque korrigan qui se joue d'un renard, ou les grognements d'un sanglier furieux, parce que des lutins qui lui suspendent des rameaux de houx à la hure l'ont dérangé.


    Tandis que le cerf se désaltère au bord du Miroir aux Fées dans le Val sans Retour et qu'il se croit bien tranquille, voici qu'un importun le force à réviser ses plans. Un homme, chose incongrue dans cet univers clos que seuls hantent bêtes et songes, un homme monté sur un noir destrier tout de lin revêtu apparaît.
    Un chevalier qui s'est fourvoyé au hasard des sentiers, sans doute, et qui pense trouver pour la nuit un gîte en ces lieux. Si ce n'est Lancelot, c'est assurément son frère, car on n'a pas idée d'éviter le commerce des siens de la sorte.

    Le téméraire que la route a fourbu, sentant ses forces l'abandonner, se résoud à se coucher derrière le premier buisson qui se présentera, son manteau de bure râpeux en guise de couverture.
    Il n'a pas encore rejoint les bras de Morphée qu'un bruit insolite le tire de sa torpeur. De brefs clapotis mêlés de sifflements stridents.
    Le chevalier se lève d'un bond et se poste aux aguets. Son cheval aussi est nerveux. On court, on s'agite sur la berge. Pas de doute : il y a quelque chose de ce côté-là.

    Scrutant du regard les eaux dormantes du lac que la lune fait miroiter et qu'une brise caline constelle de ridules, il aperçoit soudain la cause du raffut.

    --Une hermine qui se baigne ! Quel idiot tu fais, se dit l'homme presque honteux.   
    --Retournez-vous, messire ! lui lance la bête qui l'a vu. Manquez-vous donc de savoir vivre ? Ne voyez-vous pas que je suis nue ?

    On imagine la surprise du visiteur. Ainsi, c'est donc vrai : à Brocéliande, les animaux parlent comme au premier matin du monde.

    --Pardonnez mon impolitesse, madame, mais au pays d'où je viens, oncques hermine ne s'adressa aux hommes.
    --Et alors ? C'est égal, la gent des belettes aussi, a ses pudeurs. Mais il suffit, changeons de sujet. Que faites-vous ici, si loin des chemins que fréquentent vos frères ?
    --Je quête.
    --Vous quêtez ? J'en suis fort aise. Mais que quêtez-vous, messire ?
    --Le Graal.
    --Le Graal ? Ah, et qu'est-ce que le Graal ?
    --Nul ne le sait au juste.
    --Or çà, mille noisettes ! Si vous ne savez pas ce que vous quêtez, beau très doux sire, comment espérez-vous le trouver quelque jour ? Enfin, cela vous regarde. En attendant, prêtez-moi un pan de votre manteau, afin que m'y frottant, je m'y sèche. Voilà qui est mieux ! Vous pouvez vous retourner.

   Le chevalier regarde cette bête singulière qui lui tient conversation depuis tout-à-l'heure.

    Il s'est à peine habitué à l'idée qu'il ne rêvait pas que, déjà, notre hermine change d'apparence. Voici qu'elle s'allonge, qu'elle s'allonge, se redresse, tant et tant que bientôt, c'est une femme qui se tient devant lui. Oui, une femme jeune et belle à couper le souffle d'Éole, et qui n'a gardé de son précédent avatar que l'extrême pâleur du teint. Elle est blonde comme les blés de la Beauce, et ses yeux vert émeraude transpercent quiconque les défie.

    --Quel est donc ce sortilège ? Quel philtre m'a t-on fait boire pour que mes sens m'abusent ainsi ? s'étonne l'homme.
    --S'il y eut jamais sortilège, apprenez monsieur, que j'en fus seule victime, répond la dame. C'est à Merlin que je le dois. Je n'ai pas fini de le lui rendre. Oh ça, non ! Foi de Morgane.
    --Merlin ? Je le croyais mort depuis des lustres.

     --Des rumeurs qu'il aime à colporter pour qu'on le laisse en paix. Mais c'est compter sans Morgane. À nous deux, maintenant !
    --Juste ciel ! Seriez-vous une fée ?
    --Morgane la Fée soi-même. D'ailleurs, voici ma baguette magique.

    Et la dame se baisse et ramasse dans l'herbe une longue baguette de coudrier qu'elle agite dans les airs, leur tirant une plainte.

    --Maintenant, ajoute-t-elle en pointant l'instrument vers une bâtisse bordant le lac d'un sourire énigmatique, viens avec moi dans mon moulin. Je t'y offre l'hospitalité l'espace d'une nuit. Mais il faut que tu aies quitté la place avant les premières morsures de l'aube.

    Voyant que le chevalier hésite, elle poursuit.

    --Viens, te dis-je. Viens avec moi, n'aies crainte. Seules les âmes impies ont matière à redouter. Ta droiture que je devine plaide en ta faveur. Viens avec moi. Tu verras, c'est très reposant. Tu vas bien t'amuser.

    Pfffuit !!! Schlak !!! Deux claquements secs de baguette l'interrompent un instant. Puis elle achève en ces termes :

    --Je te présenterai à mon amie, la douce fée Sée. Et qui sait ? Je t'indiquerai peut-être où se cache ton Saint-Graal. J'ai ouï dire qu'il s'agissait d'une coupe, un calice dont on boit le nectar.

    Ayant parlé, Morgane la Fée part d'un rire inextinguible, cependant qu'en écho, une chouette hulule dans le lointain de l'obscure vallée de Gurwan comme si elle savait déjà la fin de l'histoire. Mais était-ce bien Morgane ? Car l'on ne sache pas, de mémoire de conteur, que la dame fût jamais blonde...

FIN

© Joël Médina alias l'Apothicaire, 2007

http://apothicaire.fr

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